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  • Lors de sa récente réunion plénière à New York, le Conseil Central de l’UGAB a décidé de la création d’une nouvelle structure dénommée Comité Régional d’Europe de l’UGAB, siégeant à Paris, pour conduire l’ensemble de ses opérations en Europe. Cette nouvelle initiative a pour objectif de regrouper, sur le continent, les entités des Etats membres de l’Union européenne, ce qui permettra aux activités présentes et futures de l’UGAB, de bénéficier d’une meilleure coordination.

    La présidence de l’UGAB Europe est confiée à M. Alexis Govciyan, qui est un des membres dirigeants de la communauté Arménienne de France, et ancien président de l’UGAB Paris.

    alexis-govciyan.jpgAlexis Govciyan

    « C’est pour moi un immense privilège et un grand honneur que de présider cette nouvelle entité, mais c’est aussi, je le sais, une lourde charge » a indiqué Alexis Govciyan, Président de la nouvelle UGAB Europe.

    L’UGAB Europe sera en fonction dès le 1er janvier 2008. Dans ce cadre, une conférence spéciale sera organisée du vendredi 1er au dimanche 3 février 2008 à Bruxelles (Belgique), à laquelle seront conviés tous les représentants des Sections situées dans les Etats membres de l’Union européenne, ainsi que les membres du Conseil Central de l’UGAB. Le programme de ces trois journées comprendra notamment la présentation de cette nouvelle entité Européenne, et les débats sur son rôle et ses missions en tant qu’interface entre les différentes Sections de l’UGAB en Europe et le Conseil Central.

    Interview d’Alexis Govciyan dans Nouvelles d’Arménie Magazine (Janvier 2008)


    Une nouvelle dynamique pour l’UGAB

    Alexis Govciyan, président du CCAF, a accepté de prendre la présidence de l’UGAB en Europe. Cette nouvelle structure dans l’organigramme de l’organisation internationale devrait permettre de relancer son action sur plusieurs fronts. Un défi qu’a accepté de relever cette figure de proue de la communauté arménienne de France.

    Nouvelles d’Arménie Magazine : Vous venez d’être nommé président de l’UGAB-Europe. En quoi consiste concrètement votre mission ? Dans quel état d’esprit allez-vous l’initier ?
    Alexis Govciyan : L’UGAB est une grande organisation centenaire dont l’action a une portée unanimement reconnue tant en diaspora qu’en Arménie. C’est donc pour moi un immense privilège et un grand honneur que de présider cette nouvelle entité UGAB Europe, mais c’est aussi, je le sais, une lourde charge, car les enjeux qui sous-tendent cette nouvelle orientation sont extrêmement importants. Sous l’impulsion de Berge Sétrakian [ndlr. président mondial de l’UGAB], et avec tous les dirigeants, nous avons la responsabilité de redonner à l’Union une nouvelle dynamique, en modernisant son fonctionnement, pratiquant l’ouverture et en développant des programmes innovants et structurants qui devront avoir pour effet de développer encore plus l’Arménie et multiplier les liens forts entre la mère patrie et nos communautés diasporiques.

    NAM : Nous connaissons votre engagement de militant de la cause arménienne auprès des institutions. L’UGAB a-t-elle fait un choix dans ce sens en vous demandant de la rejoindre ?
    A. G. : Très certainement mais mon engagement pour la cause arménienne puise aussi ses racines dans l’UGAB. Faut-il rappeler que le Comité du 24 avril que j’ai eu l’honneur de présider a été fondé par les dirigeants de l’UGAB qui ont voulu l’union de tous les Arméniens et de leurs organisations. Il en est de même pour le CCAF qui s’est inscrit dans la même logique globale. Ainsi, l’engagement de l’UGAB auprès des institutions demeure plus que jamais d’actualité et incontournable et la cause arménienne en fait partie intégrante. Certes l’action communautaire locale ou régionale reste primordiale et doit être encouragée et amplifiée, mais il est aussi essentiel pour les organisations de la diaspora d’oeuvrer pour la survie et le développement de l’Etat Nation, et pour cela, il faut agir au niveau national et surtout au niveau européen. Nous sommes d’ailleurs ouverts à tous, avec l’ambition d’être « rassembleur », et au dessus des clivages qui portent atteinte à notre efficacité et crédibilité envers les pouvoirs publics.

    NAM : Quel rôle peut jouer l’UGAB au niveau européen ?
    A. G. : Pour les Arméniens, il convient de mieux se positionner au niveau des institutions européennes, ceci pour trois raisons essentielles. Tout d’abord, il faut tenir compte du processus d’adhésion éventuelle de la Turquie pour faire changer radicalement l’attitude de ce pays, aussi bien pour la reconnaissance du génocide de 1915, le respect de ses minorités notamment arméniennes, que pour la levée du blocus et la normalisation de ses relations avec l’Arménie. L’Europe peut et doit y contribuer. En second lieu, il faut renforcer les liens entre l’Arménie et l’Union européenne, encourager les réformes en Arménie à la faveur de la politique de voisinage, préserver le Karabakh, mais aussi et surtout entamer un processus d’intégration de l’Arménie en Europe institutionnelle. Enfin, il me paraît utile de tirer profit des politiques européennes qui touchent à la culture, au multilinguisme, au patrimoine et à la lutte contre le négationnisme et contribuer à donner forme à ces politiques. Nous devrons pour cela gagner le soutien des décideurs européens et les sensibiliser et informer sur le parcours unique et par bien des égards exemplaire de la Diaspora et sur sa place dans la société européenne. En effet, contrairement aux responsables politiques français, les dirigeants européens connaissent souvent mal les Arméniens.

    NAM : Vous parlez d’objectifs stratégiques. Sont-ils politiques ?
    A. G. : L’UGAB n’est pas un parti ou une organisation politique. Elle a surtout vocation à rassembler le plus grand nombre au-delà des divisions et clivages politiques, car sa mission de préservation et de développement de l’identité et de l’héritage arméniens par des programmes culturels, éducatifs et humanitaires ne peut que réunir tous les Arméniens et organiser le consensus. Néanmoins, les prises de position et les orientations de l’UGAB sont éminemment politiques car elles ont un impact fort avec un effet à moyen et long terme. L’UGAB Europe aura donc une présence politique et contribuera à l’accomplissement des objectifs stratégiques dont nous commençons à esquisser les contours.

    NAM : L’UGAB est souvent critiquée pour la fermeture de l’institut Melkonian à Chypre.
    A. G. : Depuis le génocide subi par le peuple arménien et pendant des décennies, l’accomplissement du mandat éducatif de l’UGAB a donné lieu à de nombreux projets adaptés aux besoins spécifiques de chaque collectivité diasporique. Ces initiatives, tels les orphelinats, écoles, programmes de bourses d’études, de stages ou d’études à l’étranger, ont été mises en oeuvre en réponse aux exigences du contexte et de l’histoire. L’institut éducatif Melkonian a joué ce rôle essentiel, en faisant face à des besoins humanitaires extraordinaires, devenant un lieu de refuge pour des milliers d’orphelins. Puis, au fil des ans, l’institut s’est également orienté vers la préparation et l’éducation de la jeunesse arménienne qui devait notamment assumer des responsabilités dans les différentes communautés. Mais aujourd’hui, depuis son indépendance en 1991, c’est l’Arménie qui constitue le ciment fondamental liant les Arméniens à leur patrimoine, et c’est vers elle que l’UGAB concentre ses efforts. C’est pourquoi, le Conseil Central de l’UGAB a annoncé la création, à Yerevan, d’un grand complexe universitaire Melkonian pour rendre plus facile l’accès à la mère patrie des jeunes de la diaspora, tout en leur permettant de bénéficier d’un programme d’études supérieures en Arménie. Cela représente une formidable évolution et, pour ma part, je la considère comme stratégique, car l’avenir de la diaspora se trouve également en Arménie.

    NAM : Que pouvez-vous nous dire sur cette politique d’éducation ?
    A. G. : Tous les ans, plus de 50 % des dépenses de l’UGAB, soit quelque 15 millions d’euros, sont dédiés à l’éducation. En Arménie, l’UGAB soutient tout particulièrement l’enseignement supérieur, considérant en cela que le pays a besoin d’encadrement dans les domaines économiques, politiques, sociaux ou culturels. C’est pourquoi, notamment, il y a quelques semaines, l’UGAB s’est engagée à doter de bourses d’études l’université française d’Arménie [ndlr. UFAR], pour un premier montant de 20 000 €. Rappelons que depuis de nombreuses années, l’UGAB accueille à ses frais les majors de l’UFAR, dans le cadre de son programme de stage en entreprise qui a d’ailleurs été récemment étendu à Erevan, après New York et Paris. Lorsque le complexe universitaire Melkonian sera opérationnel, avec une capacité d’accueil de 400 étudiants de la diaspora à la fois, nos jeunes pourront étudier en français, en anglais, en russe, bien sûr, mais surtout en arménien dans des universités reconnues au niveau mondial.

    NAM : Quels sont à votre avis les objectifs que l’UGAB Europe doit atteindre dans les prochaines années ?
    A. G. : Nous avons évoqué l’objectif pour l’UGAB d’influer sur la politique européenne avec pour conséquence de renforcer le positionnement de l’Arménie. L’UGAB Europe contribuera au développement de la recherche sur l’identité arménienne, l’histoire et la culture, et développera l’enseignement de la langue et de la culture arménienne, par certains programmes globaux et par son soutien à des actions locales. Ce soutien sera par exemple un accès à des ressources mutualisées qu’elle rendra disponibles, de la formation, de l’expertise ou des contributions financières. Bien sûr il y a la jeunesse arménienne, pour laquelle nous développerons des liens avec la mère patrie, et, de manière générale, toutes les activités ayant pour but d’informer et de sensibiliser sur les enjeux et les perspectives de la nation arménienne, afin d’en assurer sa survie et son développement.

    NAM : Qu’en est-t-il des activités en diaspora ?
    A. G. : La mise en oeuvre des projets étant en général faite au niveau local, les sections de l’UGAB maintiendront leur autonomie tout en renforçant leurs échanges avec l’UGAB Europe. Celle-ci coordonnera les initiatives globales, mettra à disposition des ressources partagées et d’autres formes de soutien. De nouvelles sections seront établies en tenant compte des villes ou régions bénéficiant de communautés arméniennes comme l’Allemagne, l’Espagne et les Pays-Bas, et de l’importance stratégique d’une telle représentation. De plus, nous prévoyons de mettre en place un programme de formation très complet dans trois domaines principaux, là où la compétence est primordiale pour atteindre nos objectifs ou pour préserver l’acquis : formation des animateurs pour les colonies de vacances ou les scouts ; enseignement de la langue arménienne ; formation des cadres des comités locaux.

    NAM : Quels sont les obstacles auxquels vous devez faire face ?
    A. G. : Il y a une difficulté croissante de mobilisation de bénévoles, et donc une dépendance et un essoufflement des cadres impliqués. On peut aussi constater un problème de positionnement des dirigeants, qui sont donc souvent des « seniors », ce qui peut créer un fossé avec les attentes et besoins des plus jeunes, en particulier dans le contexte de la diaspora arménienne. Dans nos communautés, il faut également prendre acte des réalités diverses, du nombre croissant de petites associations locales, qui ont leurs propres objectifs. Néanmoins, en clarifiant les missions de l’UGAB, en définissant un projet organisationnel, en faisant preuve de transparence avec une gouvernance aussi irréprochable que possible, en orientant de nombreux programmes vers la jeunesse et vers l’échange avec l’Arménie, en développant des projets véritablement structurants, nous devrions mobiliser le plus grand nombre pour faire face aux enjeux qui nous attendent. Pour cela, nous aurons besoin de toutes les bonnes volontés.

    NAM : Quelle place accordez-vous au bénévolat ?
    A. G. : La puissance d’une grande organisation comme l’UGAB, c’est de pouvoir inscrire l’action locale dans une action globale ou régionale, soit pour amplifier l’action locale par les ressources de l’UGAB (culturelles, réseau, financières, etc.), ou bien mobiliser localement pour des actions d’envergure. Oui à la danse arménienne, aux cours de langues, aux conférences etc., mais l’UGAB ne doit pas se résumer à cela. Nous devrons mobiliser les jeunes pour qu’ils participent aux programmes en Arménie, pensent et vivent avec et pour l’Arménie. Il nous faudra pour cela des bénévoles qui dans le monde d’aujourd’hui cherchent à maîtriser leur parcours, à être plus proches du projet associatif et surtout à choisir et décider ce qu’ils doivent faire. Il faut leur en donner la pleine possibilité. Depuis toujours, l’UGAB considère que le « projet » est d’une importance fondamentale, en tant que « contrat patriotique » avec la Nation arménienne.

    NAM : Comment se fait la mise en place de l’UGAB Europe ?
    A. G. : L’UGAB Europe s’inscrit dans une stratégie mondiale, mais, pour des raisons culturelles et aussi pratiques, elle jouit d’une autonomie d’initiative et opérationnelle. Elle existe depuis le 1er janvier 2008, avec un conseil d’administration en cours de constitution comprenant des personnalités issues de l’Europe toute entière et de la France en particulier. Nos bureaux administratifs avec une équipe dédiée sont basés à Paris, avec des relais et connexions dans toutes les régions où l’UGAB existe aujourd’hui. Afin de permettre à chacun d’être acteur dans ce processus et prendre ainsi toute sa place, nous organisons une grande réunion fondatrice à Bruxelles du 1er au 3 février prochains, où seront présents les dirigeants l’UGAB tant au niveau mondial qu’européen, ainsi que les représentants de toutes les sections européennes. Ce sera plus qu’un symbole et permettra de préciser le projet organisationnel et les modes opératoires de l’Union en Europe, mais aussi de rencontrer les dirigeants politiques et économiques qui influent sur la politique européenne dans le Sud Caucase et prennent les décisions en matière d’éducation et de culture. ?

    Propos recueillis par
    Marie-Aude Panossian

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